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Le CIA World Factbook tire sa révérence
dimanche 15 février 2026
C’est une page importante de l’histoire de l’information internationale qui se tourne. Le The World Factbook, lancé en 1962 par la Central Intelligence Agency, cesse d’exister dans la forme qui l’a rendu célèbre.
Depuis sa création, cette publication rassemblait et diffusait des informations essentielles sur les pays et territoires du monde. Progressivement rendu accessible au grand public, il s’était imposé comme un outil de référence pour les chercheurs, les journalistes, les enseignants et les décideurs publics.
Le World Factbook constituait également une source majeure pour les investisseurs souhaitant évaluer l’environnement d’un pays avant d’y engager des capitaux. La synthèse des données économiques, institutionnelles et structurelles en faisait un point d’entrée pour analyser les risques, comprendre le contexte réglementaire et mesurer le potentiel d’un marché. Il revenait à l’investisseur de croiser les informations avec d’autres sources pour confirmer les données. En effet, il reste toutefois important de rappeler qu’il s’agissait du point de vue et de l’analyse produits par la CIA sur les différents pays. Malgré cela, le travail représentait l’une des plus vastes bases de fiches pays existantes, couvrant un large éventail d’aspects : politiques, économiques, sociaux, ressources naturelles, télécommunications, infrastructures, énergétiques et militaires... Le tout avec une mise à jour régulière qui pouvait participer à renforcer l’utilité de la source.
Sa disparition marque la fin d’un repère géopolitique dans l’analyse des équilibres mondiaux. Pour remplacer cet outil, il est possible de s’appuyer sur les bases de données et rapports de la World Bank, du International Monetary Fund, des agences des United Nations, ou encore sur les analyses pays proposées par l’Economist Intelligence Unit ainsi que certaines banques internationales axées sur le commerce internationale. Aucune ne remplace totalement le World Factbook, mais leur combinaison avec les sources nationales des pays cibles, permet de reconstituer une vision structurée et actualisée des réalités nationales.
Sur le site du World FactBook, on peut lire une anecdote qui explique que "seuls les initiés de la CIA savent que certains agents ont fait don de leurs photos personnelles de voyage au The World Factbook, qui hébergeait plus de 5 000 photographies libres de droits, accessibles et utilisables gratuitement par tous."
Reste une interrogation plus large : pourquoi mettre fin à un outil aussi emblématique qui participait à l’image de la CIA ? S’agit-il d’une simple évolution des modes de diffusion de l’information stratégique ? D’un repositionnement institutionnel ? Ou d’un choix plus délibéré, dans un contexte de compétition géopolitique accrue, visant à limiter la diffusion publique d’informations consolidées susceptibles d’être exploitées par des acteurs concurrents ?


